Contexte linguisitique

Contexte linguisitique

 

Le Burkina-Faso est un pays multilinguistique. La langue nationale est le français, mais la situation sociolinguistique, politique et historique témoigne de la complexité de cette société, ballotée entre unité et diversité, le pays comptant près de 60 langues différentes et une multitude de tribus et peuples cherchant à se rassembler sous les couleurs de leur pays et d’une unité linguistique.

            obj_generaux_3L’éducation est l’une des priorités du gouvernement, aux côtés de l’accès à l’eau potable et de la santé. Dans ce contexte, ce projet prend toute sa valeur.

Le Burkina-Faso fait actuellement partie de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dont les Etats ou gouvernements membres partagent la langue française et certaines valeurs telles que la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, la consolidation de l'État de droit, ou la protection de l'environnement.

            Comme dans de nombreuses anciennes colonies, le français n’est pas la langue maternelle de tous. Elle est parlée à l’école (langue de scolarisation), mais ne l’est pas forcément lorsque l’on rentre chez soi. C’est une langue de référence, qui peut malgré tout poser des problèmes de communication entre enseignants et élèves.

Au Burkina-Faso, le contexte sociolinguistique est hétéroglotte, avec une certaine partie de la population n’usant du français qu’en classe mais ayant un « usage sociolinguistique» à l’extérieur différent.

Il est aussi homoglotte, car la population conserve une sorte de continuité entre les usages linguistiques en classe et les usages sociolinguistiques en dehors de la classe, utilisant le français dans les deux contextes.

            Il existe un problème majeur d’analphabétisme au Burkina-Faso, en majorité chez les femmes, avec une majorité de garçons scolarisés. La parité est loin d’être respectée et l’accès au savoir pour les femmes reste encore difficile. Dans ce contexte, de nombreux projets d’ONG ont été et sont mis en place pour un public exclusivement féminin ou mixte, et tente ainsi de réduire les inégalités hommes/femmes dans le pays (cf. Objectifs généraux).

            D’un point de vue scolaire, trois étapes permettant une meilleure analyse des niveaux ont été établies par le ministère de l'Enseignement de base et de l'Alphabétisation pour les nouveaux programmes d'enseignement dans la langue nationale : la phase initiale d'alphabétisation, la phase de consolidation puis celle de l'écriture et de la lecture. Ces étapes sont au cœur de la démarche de Koorongo.

            En 2003, seul 21,8 % de la population de 15 ans et plus savait lire et écrire. Le taux de scolarisation en école primaire, quant à lui, malgré une hausse constante depuis plusieurs années, n'est que de 64% sur la période 2007-2009, d'où le fait que le français ne soit compris que par environ 15 % de la population, dont seulement 5 % de réels francophones (selon la Délégation générale à la langue française et aux langues de France).

            Les langues d’enseignement et de scolarisation sont un problème à certains niveaux de la société, particulièrement au sein des classes les plus populaires, ce qui est le cas de la zone au sein de laquelle la structure de l’association souhaite s’implanter, car un fossé très large existe entre la langue utilisée et diffusée à l’école, et la langue « de la maison ».

Il est donc très difficile de mettre en pratique ce qui a été appris à l’école en dehors de cette institution et la vision qu’en ont les étudiants et leurs proches, qui n’y sont pas formés, en fait une langue exclusivement réservée au contexte scolaire, sans autre utilité que celle-ci.classe2

            Le français est aussi, pour la population burkinabé, synonyme d’administration et de savoir, mais aussi de littératie (lecture/écriture). Les langues et dialectes, utilisés hors de ces contextes, sont, eux, essentiellement oraux et de communication intracommunautaire, ou pratiqués dans un cadre familial. Malgré leur importance cruciale, ces langues sont souvent laissées de côté dans l’enseignement et les politiques d’alphabétisation qui peuvent avoir un impact d’autant plus important d’un point de vue social si elles étaient à la base de l’apprentissage.

Le décalage entre la langue usuelle (avec de nombreux dialectes et langues locaux de tradition orale) et la langue officielle (le français) comporte son lot de difficultés dans un pays où les écoles dépendent encore en grande partie de l’action humanitaire et où l’éducation pour tous est un défi encore inachevé.

            La relation entre la population et le français, langue nationale et de scolarisation, est complexe et en constante évolution. D’un point de vue sociolinguistique, il représente une certaine unité linguistique, mais reflète aussi des différences d’usage très diversifiées sur la base desquelles il faut s’appuyer si l’on veut développer l’usage du français dans le pays. En s’adaptant aux différents types de français, il est possible d’évoluer vers une banalisation du français, en s’écartant du français standard actuellement enseigné.

            Des efforts ont été faits par le gouvernement et les institutions locales et internationales dans le but de démocratiser l’accès à l’éducation et de diffuser la langue française au Burkina Faso. Il est cependant indispensable d’investir davantage dans ce domaine, les objectifs, qu’ils soient OMD ou locaux (gouvernement, ONG, organisations locales, etc.) n’étant pas atteints.

            La bibliothèque qui doit voir le jour au sein du quartier participe à la réalisation de ces objectifs et est un moyen de donner une autre image à la langue française, mais aussi aux différentes langues locales faisant partie du quotidien et qui sont l’une des bases culturelles du pays.